ETRE SÉRIEUX SANS SE PRENDRE AU SÉRIEUX – CHRISTIAN PANATTONI

7 Octobre 2018 , Rédigé par Maxence DELHAYE

La première chose qui frappe lorsque l’on rencontre ce monsieur du karaté (outre son Mae geri dévastateur ) c’est son large sourire et la décontraction dont il fait preuve à chaque instant. A l’entendre blaguer et animer les discussions à grand renfort de gestes et de mimiques on pourrait douter même. Mais une fois arrivé au stade de la pratique on ne peut être qu’éblouie par la perfection technique et la force tranquille qu’il dégage. Chaque geste coule naturellement avant de venir atteindre sa cible dans une redoutable efficacité. Nulle surprise alors qu’il ait une telle troupe de fidèles qui le suivent vaille que vaille. En effet Christian sait travailler (et faire travailler) avec le plus grand des sérieux tout en faisant du moment présent un régal. A tel point que chaque stage avec lui ressemble à des vacances, une mini colonie de vacances en mode karaté.

Christian fait partie de ces gens qui m’inspirent et me poussent à me dépasser. Il est pour moi un modèle tant sur le plan technique que personnel. C’était donc logique pour moi de commencer cette série d’interview par ce monsieur.

Pèlerin du budo : Peux-tu nous présenter ton parcours dans le monde des arts martiaux ?

Christian PANATTONI : J’ai commencé le karaté en 1974 à Montélimar à l’âge de 17 ans. J’ai été tout de suite passionné, je me suis entraîné comme un fou et en 1 an je suis devenu ceinture marron. J’ai fait un an au club puis je suis parti faire mon service militaire tout en continuant à pratiquer en Provence, à Orange.
J’ai ensuite fait ma carrière en gendarmerie et j’ai tout d’abord été affecté en Provence Alpes-Côte d’azur, et me suis entraîné dans les clubs environnants tels que Nice ou Toulon… pendant 10 ans. C’est durant cette période que j’ai développé la compétition et ai été plusieurs fois champion départemental, de ligue… J’ai fait une dizaine de fois les championnats de France où j’ai fini troisième en individuel et par équipe, cinquième individuel à la coupe de France open et cinquième en coupe d’Europe des clubs. J’ai également remporté la coupe combiné kata / combat de Monaco et diverses autres compétitions, notamment les championnats de France militaires et de la fédération des clubs de la défense (FCD).

En 1988 après avoir passé mes diplômes professionnels dans le sport, au sein de la prestigieuse école interarmées des sports de Fontainebleau, je suis arrivé en Dordogne où j’ai créé mon premier et seul club. J’étais à l’époque 3° dan et BEES 2°.

En 1998 je suis parti à Bordeaux pour commander les pelotons d’intervention de Mérignac puis de Bouliac. J’ai terminé ma carrière en créant le peloton de protection et d’intervention de la centrale nucléaire de Blaye.

Sur le plan karaté je suis aujourd’hui 7° dan. Et je m’entraîne encore tous les jours.

En 1996, j’ai été nommé directeur technique de la ligue d’Aquitaine. J’ai créé la commission régionale enfant, puis j’ai occupé les postes d’entraineur technique et combat régional et enfin responsable de l’école des cadres. J’ai également été membre de la commission nationale des grades et jury d’examen pour les BEES, DEJEPS, CQP.

De 1996 à 2013 j’ai été aussi conseiller technique et sportif karaté militaire et fédération des clubs de la défense (FCD). J’occupe aujourd’hui la fonction de commissaire sportif et technique de la zone interdépartementale aquitaine et de responsable de l’école régionale de formation.

J’ai toujours pratiqué le Shotokan mais également d’autre styles de karaté, notamment le wado ryu, le shito ryu et un peu le kyokushinkaï lorsque j’étais en Côte d’Azur.

Pèlerin du budo : En 2010 tu as crée le Karaté Défense System. D’où te vient cette démarche ?

Christian PANATTONI : Au début des années 2000 j’ai commencé à réfléchir à un concept de karaté défense. Le but été de replacer le karaté dans le contexte de la self défense en m’inspirant aussi de mes années d’expérience en unité d’intervention et comme instructeur des techniques spécialisées. Le public se rajeunissait et je sentais qu’il y avait besoin de coller à l’actualité. Je voyais arriver les nouvelles disciplines comme le krav maga… J’ai donc proposé un projet à la FFKDA qui dans un premier temps l’a refusé. Je l’ai re-proposé un peu plus tard en 2010. Ce projet n’a pas abouti non plus et j’ai donc créé mon propre concept en la même année.

Aujourd’hui nous arrivons à la neuvième année. Nous organisons deux séminaires par an, un dans le Nord et un dans le Sud, qui regroupent en moyenne 80 cadres. Nous avons formé plus de 200 cadres KDS, animateurs, moniteurs, instructeurs qui enseignent le  KDS. Je tiens à préciser qu’il s’agit de certifications propres au concept et qu’elles ne se substituent pas aux diplômes fédéraux ou d’Etat d’enseignement ni aux grades délivrés par les fédérations de tutelle. Ceci représente un maillage de plus de 50 clubs. Je fais à peu près 120 stages par an, moitié en karaté et moitié en KDS.

Pèlerin du budo : Que penses-tu du MMA ? Es-tu pour ou contre ?

Christian PANATTONI : Je n’ai rien contre le MMA ni contre aucune autre discipline. Moniteur sport de combat interarmées, instructeur combat corps à corps… et chercheur infatigable, j’ai vécu de nombreuses expériences de terrain et je conçois depuis longtemps le karaté comme un art martial complet. Le problème n’est pas la discipline mais la manière dont elle est comprise. Tu peux faire un karaté do très engagé, très physique, avec continuation des combats au sol… Mais beaucoup de gens ont laissé tomber cet aspect qui n’est pas présent dans les règlements sportifs ou les passages de grades fédéraux. Les gens ont réduit leur vision de la discipline à ce dont ils avaient besoin et ont oublié cet aspect, mais dans le karaté (do, jutsu, défense…), on trouve tous les aspects d’un combat total et complet.
Je le redit, je n’ai rien contre ces disciplines. Mon seul leitmotiv, tout personnel, c’est d’imposer le karaté de manière comparative à ces disciplines. Dire que l’on peut faire la même chose qu’eux mais avec notre vision propre. Je me bats pour que le karaté ait sa place dans les disciplines de défense personnelle. Ce qui me fait mal aujourd’hui c’est de voir des profs céder sous la pression médiatique et être prêt à rejeter notre identité de karatéka, même « aménagée » pour répondre aux attentes de la self défense que d’autres proposent, pour prendre ce qui marche commercialement.
La seule restriction que je poserais quelque part c’est que dans le MMA, comme dans d’autres disciplines, il y a un côté spectaculaire, un peu « jeux du cirque », qui exhorte une violence pas toujours très saine, qui ne me convient pas, mais je pense que chacun est libre de développer ce qu’il souhaite. En fait, ce n’est jamais la discipline qui pose problème. Ce sont ceux qui la développe et en font la promotion. Le cœur du problème ce sont les enseignants et leur qualification.

Pèlerin du budo : Quel conseil donnerais tu aux pratiquants d’arts martiaux ?

Christian PANATTONI : Croyez en ce que vous faites, soyez persévérant, n’abandonnez pas à la première difficulté. Ne vous laissez pas entraîner par les sirènes de la mode. Mais cela ne veut pas dire que le karaté doit rester figé. Le karaté doit évoluer. Le karaté que l’on pratique aujourd’hui n’est pas celui que l’on pratiquait il y a 100 ans et ce n’est peut-être pas celui que l’on pratiquera dans 20 ou 40 ans. Si l’on prend l’exemple des bunkaï il y a 30 ans on n’en pratiquait pas ou très peu dans le karaté « moderne ». Les clés et les amenées au sol commencent à revenir, peut être sous l’influence d’autres disciplines. Il faut savoir partager, se nourrir mutuellement, s’enrichir les uns les autres pour pas se scléroser car qui n’avance pas régresse.

Merci à Christian de s’être plié au jeu en toute humilité et dans la bonne humeur qui le caractérise. Nous aurons le plaisir de le retrouver le samedi 09 Mars au karaté club Marcheprime de 9h00 à 12h00 en karaté do et karaté défense system. A bientôt sur les tapis.

« Il faut savoir d’où l’on vient pour comprendre où l’on va. Mais il ne faut pas que la compréhension d’hier nous fige dans l’hier. Il faut être capable de comprendre hier pour bien vivre aujourd’hui et préparer demain. A mon avis une des clés du karaté de demain est de savoir reprendre ce qu’il y avait de meilleur hier et profiter des apports d’aujourd’hui pour construire demain. » Christian PANATTONI.

VAUHALLAN KARATE WADO RYU : karaté et défense personnelle

Je suis Stéphane MEDER , professeur  4e DAN de karaté, DEJEPS, instructeur KDS et tonfa, baton défense et boxe de rue de l’académie Robert Paturel, juge national kumité et responsable de la commission défense de la ligue de l’Essonne de karaté et D.A.  J’ai pratiqué pendant plusieurs années les compétitions kumités au niveau national et participé à 3 coupes d’Europe des clubs avec le club de Longjumeau de Louis Govillé, et j’ai fait quelques résultats sportifs dont la coupe de France wado que j’ai gagné en 1999.

Apres ma période de compétition j’ai beaucoup réfléchi sur les katas en suivant Hiroji Fukazawa et leurs applications en self défense. Par la suite, En même temps, j’ai voulu partager ma passion, et j’ai donc ete professeur dans plusieurs clubs dont ceux de Longjumeau, Maisse, Arceuil et Chilly Mazarin. Puis, avec ma femme, dans une volonté de pouvoir développer et partager ma vision du karaté, que je souhaitais être plus proche de la self défense que de l’aspect traditionnel trop souvent étriqué,   J’ai décidé d’ouvrir un club en  septembre2009 dans un village de l’Essonne entre Palaiseau et Vélizy à côté du plateau de Saclay appelé Vauhallan.

Vers 2010 j’ai décidé de rechercher une personne faisant de la self défense par le karaté, et après plusieurs semaines de recherche sur internet, j’ai trouvé le site karaté défense system, et j’ai découvert une forme de défense personnelle liée au karaté avec un pratiquant ayant un vrai retour d’expérience  professionnelle sur sa pratique martiale.  C’est ainsi, que j’ai décidé de descendre de Paris, pour faire un stage sur bordeaux pour essayer. L’esprit pragmatique, l’aspect législatif et applicable en fonction du besoin de chacun (civil, force de l’ordre ou militaire) m’a semblé intéressant, ainsi j’ai passé mon niveau d’instructeur KDS. Cela m’a par la suite permis , de développer d’autres principe notamment avec des gens comme Robert Paturel pour la boxe de rue, le tonfa et le bâton défense, ou d’autres expert comme Pascal Gilles, Eric Quequet, Charles Joussot, et des karatekas comme Manu Grosset Granche et Christian Tosini (deux amis de Christian). J’ai par la suite passé mon niveau instructeur en boxe de rue, tonfa et bâton défense de l’académie Robert Paturel .

Aujourd’hui le club pratique le karate wado ryu de tendance Hiroji Fukazawa pour les enfants à partir de 6 ans jusqu’aux adultes sans limites d’âge, ainsi que le karaté défense system et la boxe de rue, 2 à 3  fois par semaine sur Vauhallan et Bievres. En 6 ans le club est passé de 13 à 87 adhérents, dont près de la moitié en karaté défense, et compte dans ses effectifs des personnels des douanes et de la RATP qui recherchent une activité pragmatique de self défense tout en respectant le cadre règlementaire lié à leurs prérogatives professionnelles et  dans un cadre sérieux mais sans se prendre au sérieux.

Bientôt le club proposera des cours de bâton défense et de Tonfa.

Merci à Christian pour son implication dans le karaté défense et plus particulièrement dans le karaté défense system.

Amicalement,

Site du club : www.vkwr.fr ou sur facebook

*********************************

Séminaire  KDS, les 21 et 22 avril 2012 à St Pierre du Mont (40)

Notes personnelles de Christian CAMPOT, animateur 2ème degré KDS

Lorsque l’on enseigne la Self Défense, il faut toujours avoir en tête que la priorité est l’aspect légal et règlementaire.

Nous devons bien faire la différence : Lorsqu’on est en apprentissage dans un Dojo, « l’autre » est un adversaire/partenaire. Dans le domaine de la self défense, « l’autre », est un agresseur/partenaire !

Pour enseigner le K.D.S, nous devons avoir toujours à l’esprit une ligne de conduite :

1)     Le discours est important

2)     Ligne pédagogique

3)     Continuité dans le temps

Attention, à la notion de Sen no Sen en matière de Self Défense (En karaté compétition ou de survie, oui !!!) mais en Self Défense, la frontière est mince !!!

Le droit de se défendre, n’est pas forcément le droit de frapper sans mesure !

Evolution d’un acte agressif :

Pédagogie :

Nous devons toujours avoir en mémoire que le public qui est en face de nous peut se décomposer en 3 grandes catégories dont les objectifs et motivations répondent à des cadres différents :

1)     Le citoyen : Devant une situation d’agression : Respect de la Légitime défense (art. 122-5 et suivants du Code Pénal). )

2)     Les forces de l’ordre (Elles ont un devoir de maîtriser ) : Respect du cadre légal et règlementaire spécifique à chaque force. Emploi de moyens adaptés.

3)     Les militaires en opération de guerre (Nécessité de neutraliser, détruire l’adversaire…..tuer s’il le faut !)

Séances d’entraînements :

Au-delà des phases d’apprentissage et de perfectionnement reposant sur les différents modules et plateformes d’acquisition :

-        Veillez au maintien d’un niveau de stimulation adapté au public : Echauffement, renforcement musculaire, séries de percussions../…

-        Mettre en place des petits scénarios qui se rapprochent le plus de la réalité de la vie de tous les jours

Avoir toujours en tête le principe P E D A !

Résultat de l’action

L’analyser

Feed-back nécessaire (les points forts et faibles, les décisions prises, la/les techniques appliquées, étaient elles nécessaires ? etc ……)

L’APPRENTISSAGE :

Dans une séance d’apprentissage, nous devons essayer d’appliquer plusieurs principes

-        lâcher les coups ( percussion, pao, targetts, pattes d’ours etc … )

-        Ne pas tenir compte de la forme de corps au départ

-        Mode exutoire

-        Limiter les contraintes, ne pas s’enfermer dans la technicité

-        Il faut que l’élève se fasse plaisir, qu’il ait pu appréhender quelque chose à la fin du cours (« donner du sens » à l’action).

-        Revenir sur des phases un peu + scolaires

-        Proposition de situations selon le public que l’on a en face de soi (novices, débutants, confirmés, styles ou pratiques différents,…)

-        Si possible, utiliser les compétences d’un élève qui pratique déjà une autre  discipline

-        Utiliser des artifices propices au conditionnement physique et psychologique

-        Travail à 2, à 3, à 4

-        Employer beaucoup de matériel

-        Maintenir un niveau d’engagement physique élevé

-        Bien vivre son corps. Connaître son corps, se réapproprier son corps !

-        La finition n’est pas la priorité !

-        Donner du sens à un déplacement par exemple

-        La réponse doit être la + naturelle possible

Exemple :

Dans un atelier expliquer que sur un déplacement, «  je me déplace à droite, car le danger est à gauche )

Faire référence aux appuis

Séquencer chaque temps !

Continuum pédagogique :

-        Découverte

-        Apprentissage

-        Perfectionnement

-        Pédagogie par objectifs (méthode magistrale ou participative…)

-        Analyse de la réponse apportée et évaluation

-        Favoriser l’expression de l’expérience individuelle

PEDAGOGIE D’EVOLUTION TECHNIQUE PHYSIQUE PSYCHOLOGIQUE
Exemple :

Défense réflexes avec une main, puis avec 2 mains :

Partir d’un mouvement global et le décliner en différentes phases analytiques pour revenir au mouvement global

Découverte Apprentissage Perfectionnement

Partir d’une technique ou  d’une situation donnée :

Mouvement naturel

Décomposer  les phases et analyser les points forts et les points faibles

Restitution en situation

Maintenir un niveau d’engagement physique élevé :

Renforcement par la répétitivité et l’intensité

Respecter les possibilités de chacun en visant une intensité physique optimale  et naturelle

Conditionnement physique ou mental

Etat de stress

Variabilité des situations et des problématiques à gérer

Gestions de crises et situation interactives11

Commentaire :

Ces notes constituent l’analyse faite par Christian CAMPOT, tout au long des 4 séances de formation du 2ème séminaire des cadres KARATE DEFENSE SYSTEM.

Les éléments présentés ici, au-delà de l’aspect technique, résument très bien les contenus de la formation et surtout, insistent de manière très précise sur les principes qui sous-tendent la pratique du KDS.

Merci à toi Christian pour cet excellent travail de synthèse.

Christian PANATTONI

Concepteur du KARATE DEFENSE SYSTEM.